news juin / page 4

 

MALADE D'ETRE UN SANS-TRAVAIL

 

Et puis le travail est devenu emploi. Il ne s'agit plus de penser la nature du travail mais de rendre supportable sa réalité. Le concept de l'emploi devient la matérialisation de l'exercice d'un travail. Aujourd'hui l'emploi est mort, et avec la généralisation des petits boulots toute activité devient travail.

Si l'on se réfère à la définition de l'INSEE, "le chômage représente l'ensemble des personnes de 15 ans et plus, privées d'emploi et en recherchant un". Sa mesure est complexe. Les frontières entre emploi, chômage et inactivité ne sont pas toujours faciles à établir (...)."

Comme on l'a dit plus tôt, le marché du travail a beaucoup muté, et avec cette évolution sont arrivées de nouvelles formes d'emploi : les contrats à durées déterminée, les contrats aidés, le développement de l'intérim et les temps partiels. Or, selon Régis BIGOT (CREDOC -Consommation et modes de vie n°203), "les enquêtes du CREDOC montrent que les opinions et les attitudes de nos concitoyens sont, en partie, liées à leur situation professionnelle : le fait d'être au chômage, en contrat à durée déterminée ou en contrat à durée indéterminée change le regard que l'on porte sur soi-même ou sur la société. En particulier, l'instabilité professionnelle contribue à fragiliser les liens sociaux, et vice versa, elle va de pair avec un plus fort sentiment d'insécurité - professionnelle, bien sûr, mais également personnelle - et les individus concernés ont tendance à se senir en moins bonne santé."

Le travail apporte au travailleur une raison d'être, un rôle structuré. D'ailleurs Gordon WADDELL et A. Kim BURTON, deux chercheurs britanniques qui ont réalisé une étude commandée par le minitère du travail et intitulée "le travail est-il bon pour votre santé et votre bien-être?", déclarent : " le travail répond à d'importants besoins psychosociaux dans les sociétés où l'emploi est la norme. Le travail est central pour l'identité individuelle, le rôle social et le statut social. L'emploi et le statut socio-économique sont les principaux gradients sociaux de la santé physique et mentale et la mortalité."

Plusieurs études montrent le lien entre chômage et surmotalité. Ceci peut s'expliquer par différents facteurs : le chômage entrainant une baisse de revenus, les personnes sont conduites à modifier leur mode de vie (notamment diminuer les dépenses liées à l'alimentation, ou une plus grande difficulté d'accès aux systèmes de soins par exemple). Cependant d'autres facteurs entrent en jeu.

Toutes les recherches effectuées pour déterminer la direction de causalité entre le chômage et la santé ont fait émaner 2 hypothèses :

-> hypothèse d'exposition : est-ce la situation de chômage qui est la source de difficultés psychologiques? ou

-> hypothèse de sélection : est-ce le mal-être des individus qui entrave leur recherche d'emploi ?

Aujourd'hui, les résultats de ces études ne laissent planer aucun doute : c'est bien l'hypothèse d'exposition qui est confirmée. Le chômage a bien un effet délétère sur la santé, et ce à 3 niveaux :

- variables psychologiques : anxiété, baisse de l'estime de soi, insatisfaction à l'égard de la vie en général et de la vie de famille en particulier, stress, dépression...

- variables physiques : troubles du sommeil, dérèglements de la sphère gastro-instestinale, maux de dos...

- variables comportementales : consommation accrue de tabac, alcool, psychotropes, tentatives de suicide, modifications du comportement alimentaire...

 

 

 

 

 

En fait, on peut résumer la situation du chômage en 4 grands thèmes : vulnérabilité - précarisation - stigmatisation - exclusion.

-> la vulnérabilité : selon Le Petit Larousse, la définition renvoie à vulnérable : susceptible d'être blessé, d'être attaqué. Faible, défectueux, qui donne prise à une attaque.

-> la précarisation : pour Wikipédia, la précarité est une forte incertitude de conserver ou récupérer une situaction acceptable dans un avenir proche. Pour Le Robert : dont l'avenir, la durée, la solidité ne sont pas assurés. Ce qui peut à chaque instant être remis en question.

-> la stigmatisation : selon E.GOFFMAN (sociologue, 1922-1982), la stigmatisation d'un individu intervient lorsqu'il présente une variante relative par rapport aux modèles offerts par son proche environnement, un attribut singulier qui modifie ses relations avec autrui et en vient à le disqualifier en situation d'interaction. Cet attribut constitue un écart par rapport aux attentes normatives des autres à propos de son identité.

-> l'exclusion : pour le Toupictionnaire, l'exclusion sociale est la marginalisation, la mise à l'écart d'une personne ou d'un groupe en raison d'un trop fort éloignement avec le mode de vie dominant dans la société. Ce processus peut être volontaire ou subi. L'exclusion sociale est souvent consécutive à une perte d'emploi, au surrendettement, à la perte d'un logement...et se traduit par une grande pauvreté, par une rupture plus ou moins brutale avec les réeaux sociaux, avec la vie sociale en général. Elle est vécue comme une perte d'identité.

Tout est dit.

En guise de conclusion, je vais essayer de mettre en commun les répercussions importantes sur la santé physique et psychologique du salarié et du chômeur :

- stress - angoisse (avec ou sans manifestations physiques) -anxiété - dépression - isolement - tendances suicidaires - troubles du sommeil - nervosité - irritabilité - hypertension artérielle - douleurs musculaires - fatigue (qui peut devenir chronique) - consommation de produits (médicaments, tabac, alcool...) - troubles gastro-intestinaux - sentiment d'épuisement - baisse de l'estime de soi - tachycardie - insomnies(avec ou sans cauchemars) - atteintes somatiques diverses (eczéma...) - sentiment de culpabilité - perte ou prise de poids (souvent liée à un changement de comportement alimentaire) - troubles cognitifs (concentration, mémoire, logique...)

Nous sommes bien dans les risques psychosociaux il me semble.

 

 

La différence réside sans doute dans le fait que pour le salarié, les conséquences n'affectent pas seulement l'individu mais ont des répercussions directes sur l'entreprise :

dysfonctionnements organisationnels - diminution de l'investissement au travail - dégradation des relations de travail et du climat social de l'entreprise - erreur d'éxécution, faute professionnelle - augmentation du turn-over avec le départ des salariés (déclaration d'inaptitude, licenciement, démission) avec un coût important pour l'entreprise (recrutement, formation) - augmentation de l'absentéisme - baisse de créativité - perte de productivité - atteinte à l'image de l'entreprise....

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